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Intervention de Philippe DUBOURG au Congrès des Maires de France le 1er juin

INTERVENTION AMF 1 juin : Philippe DUBOURG

 

            Le petit maire rural des Landes que je suis (520 hab) ose prendre la parole pour défendre « l’archaïsme » communal, comme il a été dit, en étant quelque peu iconoclaste, ou peut-être «  conservateur révolutionnaire »…(sauvegarder les valeurs humanistes dans l’avenir)

            …parce qu’il est désabusé, et parfois en colère…comme vous l’avez dit M. Laigniel. Vous le savez, j’écris pour comprendre quelque chose à ce grand chambardement territorial qu’on nous impose, à cette « contagion technocratique » où n’apparaissent que des contradictions.

            Messieurs les grands élus, vous tenez le même discours que nous, élus de la base, et dans les territoires, nous subissons une fuite en avant, un sauve-qui-peut général, comme dans un train sans chauffeur qui irait dans le mur…

            Donc, c’est le double langage, l’opposition entre de belles paroles – nous aussi nous pouvons être facilement lyriques, enthousiastes, en montrant que nous croyons en l’avenir de nos territoires--  et le terrain, où nous sont imposées des lois ruralicides, car nous y vivons déjà la mort des commues, ou le fait qu’elles deviennent des coquilles vides…

            Des exemples concrets de ces mesures anti-démocratiques, je ne pourrais toutes les citer ici : à travers les SCOTs et PLUIs, l’urbanisation va se concentrer dans les bourgs principaux et les villes : * cette concentration s’ajoute à celle que l’on voit partout en œuvre, dans l’agriculture, le commerce ou l’industrie (vous voyez à quoi je fais allusion) et aboutira à la désertification ailleurs. Avec ce mouvement de concentration technocratique, nous sommes tous des ruraux ou des « périphériques des grands centres et métropoles  * je citerais aussi les « conventions ruralité » pour la concentration des écoles, la fibre optique pour la concentration des entreprises, la mutualisation pour la mutualisation…etc

                      Pourquoi l’AMF ne dénonce-t-elle pas pied à pied chaque mesure, et cela tous ensemble ? Je comprends que cela ne soit pas facile pour notre association généraliste…

 

Comment voulez-vous que nous croyions en l’avenir de la commune –qu’on ne défend qu’en paroles— alors que tout est fait pour qu’elles soient absorbées dans des intercommunalités de plus en plus grandes, et l’on sait que ce fantasme du gigantisme poussera le système à produire des intercos encore plus grandes, la prochaine fois…Les maires ruraux sont pour des intercos offrant des outils aux communes (voirie, CIAS, Culture…)…Comment voulez-vous que nous trouvions un juste curseur entre communes et ces nébuleuses floues de plus en plus technocratiques ?  

            Qu’on mette un terme à ce processus suicidaire et schizophrénique qui signe la mort de notre démocratie…car si nous, élus de la base, avons du mal à y comprendre quelque chose, qu’en est-il des citoyens ?

            Soyons clairs et transparents, car le « tsunami médiatique » (expression de M. Baroin) en profite pour manipuler l’opinion, à qui elle fait croire que les communes sont trop nombreuses et trop dispendieuses…Et sur le terrain, c’est catastrophique pour nous : nous devenons les boucs émissaires de l’Etat, le vrai responsable des déficits publics…Je le ressens dans ma commune et ailleurs, le désengagement des citoyens dans le bénévolat…

Voilà les éléments de la crise démocratique et morale, que nous vivons dramatiquement…Le modèle communal marchait bien avant la Réforme territoriale ; n’est-on pas en train de le casser, humainement parlant. Le « regard nouveau » que l’on nous demande d’avoir est en grande partie dans ce passé.