Publication de "Ainsi fait-on mourir une monde L'extinction des sociétés paysannes

 

Philippe Dubourg est maire de Carcarès-Sainte-Croix (40) et président des Maires ruraux des Landes. Il a publié de nombreux ouvrages aux frontières de l’essai et du roman. Cet auteur, engagé pour la cause de la civilisation et des communes rurales, revient pour 36 000 communes la genèse de son dernier ouvrage « Ainsi fait-on mourir un monde », dans lequel il parachève son diagnostic sur l’évolution de la société postmoderne en réhabilitant les sociétés paysannes perdues. (revue de l'Association des maires ruraux de France)

Après trois ouvrages sur l’école rurale et la réforme territoriale, vous revenez sur les enjeux d’aménagement du
territoire avec « Ainsi fait-on mourir un monde », l’extinction des sociétés paysannes (éd. Gascogne, 2017). Quel message souhaitez-vous transmettre à vos collègues ?
Je critique le modèle de société uniformisé actuel car il est le résultat d’un processus devenu quasiment inconscient.
C’est l’aboutissement d’une logique d’extinction de toutes les sociétés différentes de celle que l’on présente comme la
modernité occidentale : comme s’il n’y avait qu’un modèle de société possible pour l’avenir ! Il est à parier que ’humanité ne récoltera qu’un triste appauvrissement anthropologique de l’éradication de toutes les différences. C’est
pourquoi l’expérience d’un maire rural, sensible à l’incommensurable richesse sociale et humaine de sa commune, peut servir à montrer que la saturation de biens matériels entraine la disparition de nombreuses richesses humaines et démocratiques. Car si le progrès a apporté d’indéniables bienfaits, il provoque aussi une table rase des aspects positifs des sociétés traditionnelles. Rousseau par exemple écrivait déjà qu’« il n’y a point de vrai progrès de raison dansl’espèce humaine, parce que tout ce qu’on gagne d’un côté, on le perd de l’autre ». Pour mener ce projet, j’ai repris l’étude ethnographique que j’ai réalisée dans les années 1975 sur la société rurale traditionnelled’avant 1914 en pays landais. Et j’ai cherché les liens, aussi bien négatifs que positifs, qui nous relient à ce passé en me débarrassant des oeillères de l’auto satisfaction moderniste. J’ai cherché des repères qui permettent de renouer avec nos valeurs en allant au-delà du tabou de l’identité rurale réactionnaire. En mon sens, le maire est en contact direct avec cette base naturelle de l’écologie sur laquelle on doit se pencher sérieusement avant de faire le constat de l’extinction des sociétés rurales.


Quelle vision donne l’essai du passé et finalement, comment s’appuyer sur le passé sans nostalgie ?
On peut, en ethnographes ou même en touristes de notre époque moderne, faire l’expérience de l’empathie universelle
générée par la rencontre avec autrui. Ne ressentons- nous pas à cette occasion qu’un « sauvage » vit aussi en nous, et que notre civilisation ne devrait pas l’oublier. La culture n’est pas un état de fait qui permettrait à nos sociétés modernes de se sentir supérieures et méprisantes à l’égard des anciennes sociétés paysannes. Au contraire, notre vraie culture est le palimpseste de toutes les étapes de l’histoire de notre civilisation. Cette idée selon laquelle les traces de notre passé continuent d’apparaître dans notre quotidien permet de voir nos ancêtres comme des frères dans le dur exercice de la vie. Ce regard ethnographique permet, selon la formule de Marcel Gauchet, de sortir de « l’invulnérabilité aveugle de la bonne conscience ». Il faut avoir ce recul humaniste pour se prémunir contre tous les travers de notre époque, car ce n’est pas en ringardisant tous les discours, pointant les limites du progrès, qu’on répondra à la crise existentielle de nos sociétés. Face au rouleau compresseur de cette adoration béate du progrès qui écrase tout ce qui est différend, il est urgent de mener le combat de la réhabilitation des sociétés rurales afin de lutter contre cette forme d’obscurantisme ambiant.

Comment cette préoccupation s’incarnet-elle aujourd’hui dans les enjeux d’aménagement du territoire et quelles
leçons peut-on en tirer pour défendre les communes rurales ?
On peut retenir qu’il est essentiel de sauvegarder des « territoires à visage humain » ; c’est d’ailleurs ce que je démontre dans mes essais sur la réforme territoriale. Les communautés à visage humain existent historiquement et anthropologiquement autour de cette collectivité de base qu’est la commune. Or l’engrenage de la concentration et de la métropolisation est terrible pour les territoires et leurs habitants qui se sentent exclus du grand banquet de la mondialisation matérialiste. Toutes les différences, les petits territoires, les minoritaires, sont broyés dans l’engrenage du « big is beautiful » ; toujours plus gros et toujours plus éloigné des citoyens. Ainsi, à l’étude historique succède dans l’ouvrage une vision sans concession de l’évolution qui a abouti à une concentration métropolitaine des richesses et des pouvoirs, et, par contrecoup, à de multiples désertifications dans nos territoires (agricole, industrielle, commerciale, médicale, scolaire, etc.). Mais si la réforme territoriale vient accentuer dramatiquement
les déséquilibres, on ne doit pas pour autant être fataliste, car on peut noter l’émergence de quelques résistances à
ce mouvement de concentration technocratique et urbaine.


Vous soutenez que la globalisation entraîne un appauvrissement de la diversité humaine. En quoi cela a aussi des répercussions sur la vie des territoires ?
Nous avons  besoin de diversité culturelle pour défendre nos valeurs. Amin Maalouf écrit par exemple que : « pour l’universalité des valeurs, il est impératif de lutter contre l’uniformisation appauvrissante, contre l’hégémonie idéologique ou politique ou économique ou médiatique,contre l’unanimisme bêtifiant ». Et il poursuit en affirmant que « chacun d’entre nous devrait être encouragé à assumer sa propre diversité, à concevoir son identité comme étant la somme de ses diverses appartenances, au lieu de la confondre avec une seule, érigée en appartenance suprême, et en instrument d’exclusion, voir parfois en instrument guerre…». Aujourd’hui, l’enjeu auquel nous sommes confrontés consiste de plus en plus à réussir à « faire société ». Or, le vivre ensemble, ce n’est pas le vivre entre nous, dans un entre-soi stérilisant, entre gens identiques. C’est en acceptant la différence que l’on créera la société humaine de demain. En ce sens, les cultures rurales et les langues vernaculaires sont un excellent antidote thérapeutique par rapport au mode de vie urbain qui s’impose de plus en plus, économiquement parlant, comme le seul possible sur terre. Face à l’indifférenciation universelle de la civilisation mondialisante, l’utopie des riches terroirs du monde, malgré la connotation archaïque du terme, peut être une bonne manière de lutter contre les signes de déshumanisation de notre monde moderne.


Dans votre ouvrage, vous évoquez les travaux d’Edgar Morin, d’Amin Maalouf, de Pascal Picq, de Philippe Descola, et bien sûr de Marcel Gauchet. Pourquoi s’appuyer sur autant de grands penseurs ?
C’est mon bonheur de trouver confirmation de mes analyses qui essaient d’aller du local au global auprès des nombreux grands penseurs qui tiennent le rôle de « lanceurs d’alerte ». Edgar Morin annonce ainsi par exemple qu’il « faut retourner partiellement au passé pour repartir vers le futur : c’està- dire retourner aux paysans, aux villages, à l’artisanat, etc ». C’est ce que j’ai souligné en montrant les traits positifs des sociétés paysannes traditionnelles : le sens de la famille, de l’enfant, du voisinage, de la solidarité, de l’animal, de la résistance à la dureté de la vie, etc. Ce sont ces valeurs qui peuvent nous aider aujourd’hui à assurer le lien entre traditions et modernité. C’est pourquoi, il est essentiel de ne pas jeter aux oubliettes les petites collectivités et les communautés humaines qui les composent.


DU MÊME AUTEUR
Ouvrages à commander auprès de philippe.dubourg@wanadoo.fr : - La Tempête (Atlantica - 2010), une chronique
romancée de la tempête Klaus ; - La Démocratie, enquête locale landaise, pensée globale (France Libris - 2012), un essai qui décrit les insuffisances de la démocratie ; - 1000 ans d’histoire de la ruralité (France Libris - 2013), un livre-album à partir de photos sur l’histoire des Landes ; - Pauvres chevaux de 14-18, une nouvelle (Edilivre, 2014) ; - Pensées multiples (France Libris - 2014), un livre-album à la frontière de la poésie et du slam mis en musique par Hervé Leveau ; - La Réforme des rythmes scolaires (éd. Gascogne - 2014), un essai sur l’avenir de l’école rurale ; - La réforme territoriale : la contagion technocratique (éd. Gascogne - 2015), un diagnostic sans concession sur l’aménagement
du territoire ; - Concentrations inhumaines. Désertification de notre monde (France Libris - 2017), prolonge ce diagnostic.


« L’EXPÉRIENCE D’UN MAIRE RURAL, SENSIBLE À LA RICHESSE SOCIALE ET HUMAINE DE SA COMMUNE, LUI PERMET D’ÊTRE
EN CONTACT DIRECT AVEC LA BASE NATURELLE DE L’ÉCOLOGIE HUMAINE, SUR LAQUELLE ON DOIT SE PENCHER AVANT DE FAIRE LE CONSTAT DE L’EXTINCTION DES SOCIÉTÉS RURALES. »

Ruralité déshumanisée

 

ÉDITION Philippe Dubourg publie un essai sur la destruction de l’humanité dans les campagnes

 

Philippe Dubourg, maire de Carcarès-Sainte-Croix, président de l’Association des maires ruraux des Landes et candidat de La France Insoumise aux dernières législatives, continue de dénoncer les changements subis par la société. Après avoir regretté la réforme des rythmes scolaires et dit tout le mal qu’il pense de la loi NOTRe, l’élu parachève son diagnostic sur l’évolution de la société postmoderne à partir de son négatif, les sociétés paysannes perdues.

Dans son dernier ouvrage, «Ainsi fait-on mourir un monde, l’extinction des sociétés paysannes » (éditions Gascogne), le professeur de lettres dénonce les erreurs commises dans l’aménagement du territoire. Pour lui, « le modèle de société uniformisée actuel est le ré- sultat d’un processus devenu quasiment inconscient. C’est l’aboutissement d’une logique d’extinction de toutes les sociétés différentes de celle que l’on présente comme la modernité occidentale: comme s’il n’y avait qu’un modèle de société possible pour l’avenir ! Il est à parier que l’humanité ne récoltera qu’un triste appauvrissement anthropologique de l’éradication de toutes les différences. »

C’est pourquoi il estime que «l’expérience d’un maire rural, sensible à la richesse sociale et humaine que renferme sa commune, peut servir à montrer que la saturation de biens matériels, d’un côté, fait perdre, de l’autre, nombre de richesses humaines ou démocratiques. Car si le progrès a apporté d’indéniables bienfaits, il provoque aussi une table rase des aspects positifs des sociétés traditionnelles. »

 

Sauver la commune!

 

Poussant son diagnostic jusqu’à l’anthropologie, il reprend une étude ethnographique réalisée « par [s]es soins dans les années 1975, sur la société rurale traditionnelle d’avant 1914 en pays landais ». « Et j’ai cherché les liens qui nous relient à ce passé en me débarrassant des œillères de l’autosatisfaction moderniste. J’ai cherché des repères qui permettent de renouer avec nos valeurs en allant au-delà du tabou de l’identité rurale réactionnaire», dit-il.

L’auteur estime essentiel de sauvegarder ces « territoires à visage humain », grâce aux communautés «qui existent historiquement et anthropologiquement autour de cette collectivité de base qu’est la commune. Or, l’engrenage de la concentration et de la métropolisation est terrible pour les territoires et leurs habitants, qui se sentent exclus du grand banquet de la mondialisation matérialiste. »

Son essai est suivi d’un entretien avec le philosophe Marcel Gauchet. Un autre regard qui permet, selon lui, de sortir de « l’invulnérabilité aveugle de la bonne conscience».

 

J.- L.H.

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Personnes ayant signé les pétitions :

Saubanere Gérard

De tout cœur avec vous en tant qu'ancien chasseur à l'ortolan et au pinson , je serai heureux de pouvoir retrouver me passion en tout légalité !!!

pignon bernard

pour que continue de vivre les chasses traditionelles